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Nous Autres, épisode 2 : le journal du constructeur de l'Intégral
Deuxième épisode de la lecture audio de « Nous Autres », roman d'anticipation d'Eugène Zamiatine, dans une production de Stéphanie Renault pour Tribune Libre. Le narrateur, D-503, tient un journal destiné à être embarqué à bord de l'Intégral, et y décrit l'existence réglée de l'État unique.
Ce dont il est question
Résumé établi depuis l'enregistrementDans la Note 2, intitulée « Le balai, l'harmonie, carré, l'X », le narrateur D-503 décrit une journée de printemps. Il observe le ciel bleu et sans nuage, qu'il oppose au goût qu'il prête aux Anciens pour les nuages informes. Sur le dock où l'on construit l'Intégral, il contemple les machines en mouvement et y voit une beauté fondée sur la contrainte : selon lui, le sens de la danse, comme celui du travail mécanique, réside dans l'obéissance absolue à un rythme imposé.
Il est rejoint par O-90, décrite comme légèrement en dessous de la norme maternelle, avec qui il entretient une relation régulière. Pendant la promenade, au milieu des rangs de numéros marchant en musique, D-503 ressent une fusion avec la ville et ses constructions, jusqu'à se sentir lui-même l'auteur de toute la civilisation. Un souvenir d'un tableau représentant un boulevard du XXe siècle, jugé chaotique et invraisemblable, le fait rire.
Ce rire attire l'attention d'une inconnue, I-330, qui engage la conversation sur la ressemblance entre les numéros et sur les mains velues de D-503, qu'il compare lui-même à des mains de singe. L'échange le trouble : il perçoit chez elle quelque chose d'indéfinissable, comparé aux jambages de la lettre X. Elle l'invite à se rendre après-demain à l'auditorium 112, puis s'éloigne avec un numéro courbé en forme de S. La note se termine avec O-90, qui souhaiterait le voir plus tôt que prévu par le calendrier des jours sexuels.
La Note 3, « La jaquette, le mur, les tables », est consacrée aux explications que D-503 juge nécessaires pour des lecteurs extérieurs à l'État unique, notamment le mur vert qui enferme la ville depuis la guerre de 200 ans, et les Tables des heures qui organisent la vie collective, du lever au coucher, avec deux heures personnelles quotidiennes. Il y voit l'aboutissement logique de l'histoire humaine, marquée selon lui par le passage d'une vie nomade à une vie sédentaire.
Il compare les Tables des heures à l'indicateur des chemins de fer, qu'il qualifie de plus grand monument littéraire ancien, et juge absurde que les sociétés anciennes n'aient pas organisé la reproduction humaine comme elles organisaient l'élevage. Il évoque la norme maternelle et paternelle, l'existence des Gardiens et du Bienfaiteur, chargés selon lui de corriger les rares écarts, et mentionne au passage le numéro courbé en S croisé la veille, qu'il a vu sortir du bureau des Gardiens.
Points abordés
- Le narrateur D-503 tient un journal destiné à être emporté à bord du vaisseau l'Intégral
- Il associe la beauté à la contrainte, qu'il s'agisse de la danse ou du fonctionnement des machines
- Il décrit une promenade encadrée où les numéros marchent en rangs au son de l'hymne de l'État unique
- Sa rencontre avec I-330 le trouble, notamment à cause de ses questions sur la ressemblance entre individus
- I-330 l'invite à l'auditorium 112, ce qui l'inquiète
- Il explique le mur vert qui isole la ville depuis la guerre de 200 ans
- Il présente les Tables des heures comme l'organisation rationnelle de la vie quotidienne collective, hormis deux heures personnelles par jour
- Il juge la vie sexuelle et la reproduction des Anciens irrationnelles, faute d'un encadrement scientifique comparable aux normes maternelle et paternelle
- Il évoque le rôle du Bienfaiteur et des Gardiens dans la correction des écarts
Ce résumé est établi à partir de la transcription intégrale de l'entretien, puis relu par la rédaction avant publication. Il ne remplace pas l'écoute : les nuances, les hésitations et les réserves de l'invité sont dans l'enregistrement.
« le sens profond de la danse réside justement dans l'obéissance absolue et extatique dans le manuel idéal de liberté »
« il est tout à fait évident que ce contraste, cet abîme infranchissable, entre ceux d'aujourd'hui et ceux d'alors »
« une vie semblable était un véritable assassinat de toute la population, un assassinat lent qui se prolongeait de jour en jour »
« la science de l'État unique ne peut se tromper »
Transcription intégrale
3 222 mots
Établie à partir des sous-titres de la vidéo, sans relecture. Les hésitations et les répétitions de la machine ont été retirées, rien d'autre. Cliquez un horaire pour entendre le passage.
0:00 les audios de tribune libre nous autres d'après Eugène zamiatin une production et une réalisation Stéphanie Renault pour tribune [Musique] libre note 2 le balai l'harmonie carré l'X nous sommes au printemps de derrière le mur vert des plaines sauvages et inconnues le vent nous apporte le pollen jaune et mielleux des fleurs ce pollen sucré vous lèche les lèvres sur lesquelles il faut passer la langue à chaque instant toutes les femmes que l'on rencontre doivent avoir les lèvres sucrées et les hommes aussi naturellement cela trouble un peu la pensée logique mais par contre quel joli ciel il est bleu pur du moindre nuage à quel point les anciens devaient avoir le goût barbare pour que leurs poètes fussent inspirés par ces volumes vaporeux informes et niet se pressant stupidement les uns les autres j'aime et je suis sûr de ne pas me tromper si je dis que nous aimons seulement ce ciel irréprochable et stérile en des jours comme celui-ci le monde entier paraît être coulé dans le même verre éternel et impassible que celui du mur vert et de tous nos édifice en des jours comme celui-ci on aperçoit la profondeur bleue des choses et en voie leurs équations stupéfiantes qui jusque-l vous avait échappé même pour les objets les plus familiers et les plus quotidiens en voici un exemple je me trouvais ce matin sur le doc où l'on construit l'intégrale et j'examinais les machines aveugle inconsciente les boules des régulateurs tournaient les pistons étincolents
1:51 ossillaient à droite et à gauche le balancier jouait firement des épaules et le ciseau du Tour grinçait au rythme d'une tarentelle merveilleuse j'ai compris alors toute la musique toute la beauté de ce balai grandiose inondé d'un léger Soleil Bleu pourquoi est-ce beau me demandais-je pourquoi la danse est-elle belle parce que c'est un mouvement contraint dans le manuel idéal de liberté parce que le sens profond de la danse réside justement dans l'obéissance absolue et extatique dans le manuel idéal de liberté s'il est vrai que nos ancêtres se soient adonnés à la danse dans les mouvements les plus inspirés de leur vie au cours des mystères religieux des revues militaires et cetera c'est seulement parce que l'instinct de la contrainte a toujours existé dans l'homme nous autres dans notre vie actuelle nous ne faisons qu'entrevoir je finirai plus tard le tableau vient de faire entendre son déclic je lève les yeux c'est haut 90 naturellement elle sera ici dans une demi-mine elle vient me chercher pour une promenade chère e il m'a toujours paru qu'elle ressemblait à son nom il lui manque environ 10 cm pour avoir la norme maternelle c'est pourquoi elle a l'air toute ronde sa bouche rose qui ressemble à un haut s'en trouve à la rencontre de chacune de mes paroles elle a un repli rond au poignet comme en non les enfants quand elle entra le volant de la logique ronflait encore en moi et à force vive me fit parler de la formule que je venais d'établir dans laquelle nous entrions tous nous les machines et la danse c'est merveilleux n'est-ce pas
3:41 demandais-je oui c'est merveilleux c'est le printemps répondit ha 90 en me faisant un sourire rose et voilà c'est le printemps elle me parle du printemps les femmes je me tue en bas le boulevard était plein par ce temps leur personnel qui suit le déjeuner devient généralement l'heure de la promenade complémentaire comme d'habitude l'usine musicale jouait par tous ces haut-parleurs l'hymne de l'État unique les numéros des centaines des milliers de numéros en unif bleuâtre ayant sur la poitrine une plaque d'or avec le numéro national de chacun et de chacune marchait en rang mesuré par quatre en marquant triomphalement le pas et moi ou plutôt nous formions une des innombrables vagues de ce courant puissant j'avais à ma gauche au 90 si un de mes ancêtres velu d'il y a 1000 ans écrivait cela ilappellerait probablement de ce mot ridicule mienne à ma droite deux numéros inconnus féminin et masculin le ciel magnifiquement bleu les minuscules soleil dans chacune de nos plaques les visages non obscurcis par la démence des pens tout semblait fait d'une seule matière lumineuse et souriante le rythme cuivré raisonnait tram Tatam ces tram Tatam ce sont des marches de bronze resplendissantes au soleil et à chaque marche on élève toujours plus haut dans le bleu vertigineux brusquement ainsi que ce matin sur le doc je compris encore comme pour la première fois de ma vie je compris tout les rues impeccables ement droite le verre des chaussées tout
5:32 arrosé de rayons les divins parallèles épipèdes habitations transparentes l'harmonie carrée des rangs de numéros gris bleus j'us alors l'impression que ce n'était pas des générations entières mais moi bel et bien moi qui avais vaincu le vieux Dieu et la vieille ville et que c'était moi qui avais construit tout cela je me sentais comme une tour et je craignais de remuer le coude de peur que les murs les coupoles les machines ne s'écroulassent en miette puis je fis un bon en arrière par-dessus les siècles je me souvenss c'était incontestablement une association d'idées par contraste d'un tableau dans un musée il représentait un boulevard au 20e siècle Bigaré à vous faire tourner la tête rempli d'une foule de gens de roues d'oiseaux d'affiches d'arbres de couleurs d'oiseaux et l'on dit que cela a vraiment existé cela me parut si invraisemblable si absurde que je pus me retenir et éclaté de rire immédiatement à droite j'entendis un rire je tournais la tête de ce côté et des dents pointues extraordinairement blanch me frappèrent les yeux c'était le visage d'une inconnue excusez-moi dit-elle mais vous regardez tout ce qui vous entoure d'un air tellement inspiré comme le dieu du mythe le 7e jour de la création vous êtes sûr ce me semble que c'est vous qui m'avez cré aussi et non un autre j'en suis très flatté tout ceci fut dit sans un sourire et je dirais même avec un certain respect il est possible qu'elle sache que c'est moi le constructeur de l'intégral mais elle avait dans les yeux et les sourcils je ne sais quel x étrange et irritant que je ne pouvais
7:22 saisir et mettre en équation je fus assez troublé et en m'embrouillant un peu je commençais à expliquer mon rire il est tout à fait évident que ce contraste cet abîme infranchissable entre ceux d'aujourd'hui et ceux d'alors non pourquoi infranchissable comme elle a les dents pointues et blanches on peut jeter un pont sur un abîme pensez un peu les tambours les bataillons les rangs serrés existait dès cette époque et par conséquent bien sûr c'est clair m'écria-je c'était une transmission d'idées tout à fait frappante elle exprimait presque avec mes propres paroles ce que j'avais commencé d'écrire avant la promenade vous voyez même les idées se ressemblent et ceci c'est parce que personne n'est un mais un parmi un de ou un des nous sommes tellement semblables vous en êtes sûr demanda-t-elle j'aperçu ses sourcils relevés vers les tempes qui met un angle aigu comme les jambages de l'X je me troublais encore je jetais un coup d'œil à droite à gauche et à ma droite j'avais l'inconnu fine tranchante souple comme une cravache i 330 j'aperçu son numéro à ma gauche eau tout à fait différente tout en rondeur avec ce pli charnu qu'ont les enfants au poignet à l'autre extrémité de notre groupe se trouvait un numéro malâ ressemblante à la lettre S et comme replié sur lui-même nous étions tous différents l'autre celle de droite i330 vit mon regard troublé et dit avec un soupir oui
9:14 hélas je ne le conteste pas c'était tout à fait juste mais il y avait sur son visage ou dans sa tête quelque chose aussi je lui répondis d'un ton raide qui ne m'était pas habituel il n'y a pas de hélas la science se développe et il est tout à fait évident que sinon de suite tout au moins dans 150 ans même l'aîné oui même l'aîné m'écriais-je puisqu'il y a encore une raison d'envier j'ai un nez qui ressemble à un bouton un autre a un nez qui ressemble à j'admeet que votre nez est même un peu classique comme on disait autrefois mais vos mains non montrez un peu montrez vos mains je ne peux pas supporter que l'on regarde mes mains elles sont toutes couvertes de poils toutes velues par un atavis absurde j'étendis la main et je dis d'un ton aussi dégagé que possible ce sont des mains de singe non cela forme un accord tout à fait curieux dit-elle me pesait des yeux comme avec une balance les jambages de l'X se dessinèrent encore dans l'angle de ses sourcils il s'est inscrit pour moi s'écria gayment la bouche rose de ha 90 je fis une grim ceci en réalitétait tout à fait déplacé cette chair eut comment dire la vitesse de sa langue est mal réglé cette vitesse doit être toujours en retard d'un peu moins d'une seconde sur la vitesse de la pensée et ne doit en aucun cas la devancer à l'extrémité du boulevard la cloche de la tour accumulatrice sonna sourdement 17h leur personnel était terminé i330 s'éloigna avec le numéro malâ en forme d'Es il a un visage able et je me rends compte maintenant il ne m'est pas inconnu je l'ai rencontré quelque part je ne me
11:05 rappelle pas où prenant congé i me sourit d'une façon énigmatique passz après-demain à l'auditorium 112 dit-elle je haussais les épaules si je suis convoqué dans cet auditorium vous le serez répondit-elle avec une assurance incompréhensible cette femme agissait sur moi aussi désagréablement qu'une quantité rtionn et irréductible dans une équation je fus content de rester un moment seul avec la chair e nous passâmes bras deessus bras dessous quatre rangées de boulevard à un tournant elle devait prendre la droite moi la gauche j'aurais tellement voulu aller vous voir aujourd'hui et baisser les rideaux justement aujourd'hui tout de suite elle parlait timidement en levant sur moi ses yeux ronds d'un bleu de cristal elle est drôle que P pvis-je bien lui dire elle est venue me voir hier et elle sait aussi bien que moi que notre prochain jour sexuel ne tombera qu'après-demain voilà encore un cas où sa langue devance sa pensée de même qu'il arrive à l'étincelle d'éclater trop tôt dans un moteur au grand dommage parfois de son fonctionnement en la quittant deux fois non je serai exa trois fois j'ai embrassé ses yeux bleus merveilleux purs du moindre nuage note 3 la jaquette le mur les tables en parcourant ce que j'ai écrit hier je m'aperçois que mes descriptions ne sont pas suffisamment claires elles le sont certainement assez pour le premier venu d'entre nous mais il se peut qu'elle ne le soit pas pour vous inconnu auquel l'intégral apportera mes notes et qui n'avait lu le livre de la
12:55 civilisation que jusqu'à la page où s'étaient arrêtés nos ancêtres il y a 2000 ans il se peut même que vous ne connaissiez pas certains éléments comme les tables des heures les heures personnelles la norme maternelle le mur vert le bienfaiteur il me paraît à la fois drôle et très difficile de parler de tout cela c'est comme si un écrivain d'un siècle passé du 20e si vous voulez avait été obligé d'expliquer dans ses romans ce qu'est une jaquette un appartement une femme si son roman avait été traduit pour les sauvages aurait-on pu éviter des notes explicatives au sujet du mot jaquette je suis sûr que le sauvage après avoir considéré la jaquette aura dû se dire à quoi bon cela ce n'est qu'une gêne je suis sûr que vous aurez la même pensée quand je vous aurais dit que depuis la guerre de 200 ans aucun d'entre nous n'a franchi le mur vert cependant chers lecteurs réfléchissez un peu cela aide beaucoup c'est bien simple toute l'histoire de l'humanité autant que nous le savons n'est que l'histoire du passage de la vie nomade à une vie de plus en plus sédentaire la nôtre et en même temps la plus parfaite les hommes n'ont voyagé d'un bout du monde à l'autre qu'aux époques préhistoriques au temps des nations des guerres du commerce de la découverte des deux Amériques qui à l'heure actuelle a besoin de tout cela je veux bien que l'habitude de cette vie sédentaire n'ait pas été acquise sans peine ni d'un seul coup lorsque au temps de la guerre de 200 ans toutes les routes ont été détruites et se sont recouvertes d'herbes vivre dans des villes séparées l'une de l'autre par des immenses cités vertes apparu au début très incommode mais après que l'homme eut perdu sa queue il n'a pas dû apprendre en un jour à chasser les mouches sans l'aide de celle-ci et
14:45 cependant maintenant pouvez-vous imaginer avec une queue ou bien si vous voulez pouvez-vous représenter nu sans jaquette dans la rue il se peut que vous engonciez encore dans ces vêtements c'est exactement la même chose pour moi je ne peux me présenter la ville non entourée du mur vert je ne peux m'imaginer une vie que ne recouvre pas les vêtements chiffrés des tables les tables collé sur le mur de ma chambre leurs chiffres pourpres sur fond or me regardent d'un air à la fois sévère et tendre il me rappelle malgré moi ce qu'autrefois on appelait l'icône et me donne envie de composer des verrs ou des prières ce qui revient au même ah que ne suis-je poète pour vous chanter comme vous le méritez oh table cœur etpou de l'État unique nous tous et peut-être vous aussi avons lu étant enfant à l'école le plus grand de tous les monuments littéraires anciens parvenu jusqu'à nous l'indicateur des chemins de fer mettez-le à côté des tables et vous aurez le graphite et le diamant tous deux sont constitués de la même matière de charbon mais comme le est transparent et éternel comme il brille quel est celui qui ne perd la respiration en parcourant les pages de l'indicateur et bien les tables des heures elles ont fait de chacun de nous un héros épique à si rou d'acier tous les matins avec une exactitude de machine à la même heure et à la même minute nous des millions nous levons comme un seul numéro à la même heure et à la même minute nous des millions à la fois nous commençons notre travail et nous le finissons avec le même ensemble fondu en un corps au
16:37 millions de mains nous portons la cuillère à la bouche à la seconde fixée par les tables tous au même instant nous allons nous promener nous rendons à l'auditorium à la salle des exercices de Taylor nous abandonnons au sommeil je seraiis franc nous n'avons pas encore résolu le problème du bonheur d'une façon tout à fait précise deux fois par jour aux heures fixées par les tables de 16h à 17h et de 21 à 22h notre puissant et unique organisme se divise en cellules séparées ce sont les heures personnelles à ces heures-là certains ont baissé les rideaux de leur chambre d'autres parcourent posément le boulevard en marchant au rythme des cuivre d'autres encore sont assis à leur table comme moi actuellement on me traitera peut-être d'idéaliste et de fantaisiste mais j'ai la conviction profonde que tôt ou tard nous trouverons place aussi pour ces heures dans le tableau général et qu'un jour les 86400 secondes entreront dans les tables des heures j'ai eu l'occasion de lire et d'entendre beaucoup d'histoires incroyables sur les temps où les hommes vivaient encore en liberté c'est-à-dire dans un état inorganisé et sauvage ce qui m'a toujours paru le plus invraisemblable est ceci comment le gouvernement d'alors tout primitif qu'il est été a-t-il pu permettre aux gens de vivre sans une règle analogue à nos tables sans promenade obligatoire sans avoir fixé d'heur exactes pour les repos on se levait et on se couchait quand l'envie vous en prenait et quelques historiens prétendent même que les rues étaient éclairées toute la nuit et que toute la nuit on y circulait c'est une chose que je ne puis comprendre quelques troubles qui est été leur raison les gens ne
18:28 devaient pour pourant pas être sans s'apercevoir qu'une vie semblable était un véritable assassinat de toute la population un assassinat lent qui se prolongeait de jour en jour l'état par un sentiment d'humanité avait interdit le meurtre d'un seul individu mais n'avait pas interdit le meurtre progressif de millions d'individus il était criminel de tuer une personne c'est-à-dire de diminuer de 50 ans la somme des vies humaines mais il nétait pas criminel de diminuer la somme des vies humaines de 50 millions d'années cela prête au rire n'importe lequel de nos numéros de 10 ans est capable en 30 secondes de comprendre ce problème de morale mathématique alors que tous leur Emmanuel Kant réuni ne le pouvait pas aucun d'entre eux n'avait jamais pensé à établir un système d'éthique scientifique basé sur des opérations d'arithmétique n'est-il pas absurde que le gouvernement d'alors puisqu'il avait le toutpai de s'appeler ainsi et pu laisser la vie sexuelle sans contrôle n'importe qui quand ça lui prenait c'était une vie absolument ascientifique et bestiale les gens produisaient des enfants à l'aveuglette comme des animaux n'est-il pas extraordinaire que pratiquant le jardinage l'élevage de volaille la pis culture nous savons de source sûr qu'il connaissait ces sciences il n'avait pas pu s'élever logiquement jusqu'à la dernière marche de cet escalier la puéie culture ah ils n'ont jamais pensé à ce que nous appelons les normes maternelle et paternelle ce que je viens d'écrire est tellement invraisemblable et tellement ridicule que je crains lecteurs inconnus que vous ne me preniez pour un mauvais
20:18 plaisant vous allez croire que je veux simplement me payer votre tête en vous racontant des balivvernes sur un ton sérieux pourtant je ne sais pas blaguer car en toute blague le mensonge joue un rôle caché et d'autre part la science de l'État unique ne peut se tromperé comment pouvait-on parler de logique gouvernementale lorsque les gens vivaient dans l'état de liberté où sont plongés les animaux les singes le bétail que pouvait-on obtenir d'eux lorsque même de nos jours un écho si Miesque se fait encore entendre de temps en temps mais fort heureusement cela cel n'arrive que rarement et c'est une petite question de mise au point il est facile d'y remédier sans arrêter la marche éternelle de toute la machine pour remplacer la clavette tordue nous avons la main habile et puissante du bienfaiteur nous avons l'œil exercé des gardiens à propos je me souviens d'avoir vu le type courbé en S rencontré hier sortir plusieurs fois du bureau des gardiens cela m'explique le respect instinctif j'ai pour lui et maagêne lorsque cet étrange i en sa présence il faut reconnaître que cette i ah on sonne pour le coucher il est 22h et demi à demain c'était nous autres d'après Eugène Zamiatine une production et une réalisation Stéphanie Rena pour tribune libre
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