La fortune de la famille de Bourbon des Deux-Siciles (en particulier du côté maternel, via la famille Crociani dont est issue la princesse Camilla, mère de Maria Carolina) ne provient pas seulement d'un héritage aristocratique classique, mais d'origines financières et judiciaires complexes:
1. L'affaire Lockheed et le scandale d'État
Le grand-père compromis : La fortune repose en grande partie sur l'industriel italien Camillo Crociani (grand-père maternel de Maria Carolina). Dans les années 1970, il a été éclaboussé par le scandale Lockheed, une vaste affaire de corruption et de pots-de-vin qui a secoué les hautes sphères de l'État italien.
L'exil : Poursuivi par la justice, il a fui l'Italie pour le Mexique en 1976 et a été condamné à de la prison.
2. Paradis fiscaux, trusts et opacité financière
Montages offshore : Avant et après ses déboires judiciaires, Camillo Crociani a organisé sa fortune à l'abri à travers une cascade de holdings et de trusts logés dans des paradis fiscaux (Jersey, Maurice, Seychelles, etc.).
Les Paradise Papers : Le nom de ces trusts familiaux est réapparu lors des révélations des Paradise Papers, mettant en lumière des structures d'optimisation et de protection des avoirs.
Batailles judiciaires familiales : Cet empire financier (évalué à plusieurs centaines de millions de dollars et incluant un trust de plus de 100 millions de dollars mis en place par la grand-mère, Edoarda Crociani) a donné lieu à de féroces guerres d'héritage et des procès médiatisés au sein même de la famille.
3. Un train de vie « peopolisé » et ostentatoire
Loin de la sobriété royale : Si les jeunes héritières comme Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles affichent un quotidien fastueux entre Monaco, Paris, Saint-Tropez ou Dubaï sur les réseaux sociaux, ce luxe ostentatoire suscite des critiques acerbes chez les observateurs de la noblesse.
Critiques de décadence : Certains cercles traditionalistes ou commentateurs décrivent cette exposition médiatique continue (défilés de mode, soirées mondaines) comme plus proche de la téléréalité que du prestige historique des Capétiens, qualifiant ces agissements de « peopolisation ». Plus d'analyses sur le positionnement de la famille et de l'entourage sont évoquées par Le Point.
Voici le déroulement de l'affaire Lockheed ainsi que les détails de la bataille judiciaire entre les Crociani :
Voici les détails des deux piliers qui composent la face sombre de cette fortune : l'affaire de corruption étatique des années 1970 et la violente guerre fratricide qui a suivi devant les tribunaux internationaux.
1. L’affaire Lockheed : La source de la fortune
La fortune prend sa source dans le parcours de Camillo Crociani, un industriel italien extrêmement influent devenu président du puissant groupe public Finmeccanica.
Les pots-de-vin américains : En 1976, les révélations du Sénat américain mettent au jour l'affaire Lockheed. L'entreprise aéronautique américaine a versé des millions de dollars de pots-de-vin à des dirigeants européens pour qu'ils achètent ses avions militaires (notamment les avions de transport C-130). En Italie, le scandale provoque la démission du ministre de la Défense et même du président de la République.
La fuite et la condamnation : Camillo Crociani est identifié comme l'un des intermédiaires clés ayant distribué l'argent aux ministres et généraux italiens. Visé par un mandat d'arrêt début 1976, il s'enfuit d'Italie à bord d'un hélicoptère pour rejoindre le Mexique, emportant une partie de ses capitaux. La Cour constitutionnelle italienne le condamnera par contumace en 1979 à deux ans et quatre mois de prison ferme. Il meurt en exil en 1980.
2. Le « Grand Trust » et la fuite vers les paradis fiscaux
À sa mort, sa veuve, l'actrice Edoarda Vessel (dite Edy Vessel), récupère la gestion des avoirs. Elle entreprend de dissimuler et protéger cette fortune estimée à plusieurs centaines de millions de dollars (ainsi qu'une collection d'art inestimable comprenant des toiles de Gauguin et de Picasso).
En 1987, elle crée une structure opaque sous le nom de « Grand Trust » aux Bahamas, transférée ensuite sur l'île de Jersey (un paradis fiscal anglo-normand), gérée par la banque BNP Paribas. Ce trust était destiné à ses deux filles : Camilla (future épouse du prince Charles de Bourbon-Siciles) et Cristiana.
3. La guerre des sœurs Crociani à Jersey
Les tensions éclatent en 2010 lorsque Cristiana Crociani s'aperçoit que sa mère et sa sœur Camilla ont discrètement modifié les règles du trust. Près de 100 millions d’euros d’actifs financiers et d’œuvres d’art ont été siphonnés du trust pour être réattribués à la seule Camilla, écartant Cristiana de sa propre part d'héritage.
Le procès retentissant (2011-2017) : Cristiana entame une action en justice fleuve devant la Royal Court de Jersey. Le tribunal met en lumière des manœuvres frauduleuses. En 2017, les juges ordonnent la reconstitution complète du trust et condamnent la banque (BNP) ainsi que la mère à restituer les fonds détournés.
La condamnation de la princesse Camilla : Pour avoir refusé de divulguer aux avocats de sa sœur l'emplacement exact des bijoux de la famille et des tableaux disparus, la princesse Camilla de Bourbon des Deux-Siciles a été condamnée en décembre 2020 par la justice de Jersey à une amende de 2 millions de livres sterling (environ 2,3 millions d'euros) pour outrage au tribunal, sous peine d'une incarcération immédiate.
Des poursuites encore actives : La bataille s'est muée en un conflit titanesque où la banque BNP Paribas réclame désormais le remboursement des sommes dues. En parallèle, les tribunaux ont continué de bloquer les tentatives répétées de Camilla pour récupérer des millions sur les parts d'actifs restants.
C’est précisément la réapparition médiatique de ces montages offshore et de ces affaires de corruption qui suscite l'intérêt des observateurs.
La collection d'art disparue (notamment le tableau de Gauguin), et l'impact de ces révélations sur la réputation actuelle de la famille en Europe.
1. La collection d'art disparue : Le mystère Paul Gauguin
Au cœur du "Grand Trust" se trouvait non seulement de l'argent liquide, mais surtout une collection d'art inestimable d'environ 600 millions de dollars compilée par Camillo Crociani. Elle comprenait des œuvres de maîtres absolus : Picasso, Chagall, Renoir, Matisse, et un chef-d'œuvre de Paul Gauguin.
Le détournement : Lorsque la mère (Edoarda) et la princesse Camilla ont siphonné le trust en 2010 pour évincer Cristiana, les tableaux ont été physiquement déplacés d'un coffre-fort suisse vers des destinations inconnues.
La traque judiciaire : Durant les procès à Jersey, les avocats de Cristiana ont exigé de savoir où se trouvaient les toiles. Camilla a obstinément refusé de coopérer. C'est précisément ce silence qui a poussé les juges à la condamner pour outrage au tribunal.
Où sont les œuvres ? À ce jour, l'emplacement exact du tableau de Gauguin et d'une grande partie de la collection demeure un mystère. Cristiana a accusé sa sœur d'avoir organisé leur disparition pour éviter qu'ils ne soient saisis afin de reconstituer le trust d'origine.
2. L'impact sur la réputation de la famille : Entre "Jet-Set" et "Téléréalité"
Ces révélations ont profondément écorné l'image de la maison royale des Deux-Siciles en Europe, créant une fracture nette entre la noblesse historique traditionnelle et cette branche ultra-médiatisée.
Le syndrome "L'Enfer d'or" : Durant le procès, Cristiana a décrit publiquement sa jeunesse comme un « enfer d’or » (golden hell). Elle a révélé l'obsession absolue de leur mère, Edoarda, qui n'avait qu'un but : accumuler de l'argent et forcer ses filles à épouser des princes. Si Camilla a réussi en épousant le prince Charles de Bourbon-Siciles, Cristiana a été punie et écartée de la fortune pour avoir refusé ce diktat. Cette exposition publique a dégradé le prestige de leur statut royal en une vulgaire intrigue de feuilleton.
Une noblesse jugée "déclassée" : Chez les observateurs du gotha et les cercles monarchistes traditionalistes, l'attitude de la famille est sévèrement critiquée. Le train de vie des filles de Camilla (Maria Carolina et Maria Chiara), omniprésentes sur TikTok et Instagram en affichant des marques de luxe, est jugé aux antipodes de la discrétion et de la dignité attendues de familles royales. Beaucoup estiment que le nom de Bourbon a été "écrasé" et instrumentalisé par la culture bling-bling de la branche Crociani.
Un retour de flamme politique et médiatique : La polémique a franchi une nouvelle étape dans les médias français, notamment suite aux révélations sur la proximité de la princesse Maria Carolina avec des personnalités politiques (comme Jordan Bardella). La presse s'est emparée du sujet, liant systématiquement le nom des Bourbon-Siciles à ce scandale financier à 600 millions de dollars. Bien que la jeune génération ne soit pas impliquée dans les fraudes initiales, la famille est aujourd'hui contrainte de dénoncer publiquement des "calomnies" pour tenter de sauver ce qu'il reste de sa réputation.
La manière dont la famille tente aujourd'hui de blanchir son image médiatique :
Pour redorer son blason et faire oublier les affaires de corruption, d’évasion fiscale et de guerres d'héritage, la famille de Bourbon des Deux-Siciles a mis en place une stratégie de communication agressive et moderne. Leur objectif est de saturer l'espace médiatique avec des images de glamour, d'entrepreneuriat et d'alliances politiques pour occulter le passé judiciaire des Crociani.
Cette stratégie de réhabilitation repose sur quatre piliers principaux :
1. La contre-attaque judiciaire systématique
Face aux enquêtes journalistiques qui rappellent le scandale Lockheed et le procès de Jersey, la famille applique désormais une politique de tolérance zéro.
En mai 2026, la famille Bourbon des Deux-Siciles a déposé une plainte pour « diffamation publique » avec constitution de partie civile contre le média belge DHnet.
L’article en question faisait un lien direct entre le passé financier de la famille et l’impact politique potentiel sur le compagnon de Maria Carolina. En qualifiant ces enquêtes de « calomnies » et de « procédés déloyaux », la famille tente de délégitimer les critiques et de décourager les médias de creuser leur passé financier.
2. L'hyper-médiatisation sur les réseaux sociaux (L’effet "Gotha Pop")
Les princesses Maria Carolina et Maria Chiara mènent une stratégie de communication très inspirée des codes des influenceurs de la mode et de la pop-culture.
Saturer le visuel : En affichant un quotidien glamour (défilés de mode à Paris, soirées de gala à Monaco), elles déplacent le centre d'intérêt du terrain judiciaire vers le terrain de la mode et de l'élégance.
L'humanisation : Elles multiplient les apparitions dans la presse people classique (comme Gala ou Point de Vue) et à la télévision française, adoptant une posture de "princesses des temps modernes" afin de rendre la dynastie sympathique au grand public, loin des images austères des tribunaux.
3. Le pivot vers l'entrepreneuriat et le "Savoir-faire"
Pour contrer l'image d'une fortune passive issue de paradis fiscaux, la jeune génération cherche à légitimer sa position par le travail et l'artisanat.
Maria Carolina et sa sœur ont lancé leur propre marque d'accessoires de mode haut de gamme.
Dans leurs interviews, elles insistent lourdement sur leur implication personnelle (dessins, prototypes) et sur la valorisation de la fabrication artisanale à la main en Italie. Ce storytelling axé sur la "transmission d'un héritage extraordinaire" vise à redonner un sens éthique et noble à leur nom.
4. L'alliance avec le pouvoir politique
L'intégration de la famille dans l'actualité politique française la plus contemporaine constitue le levier le plus puissant de cette normalisation médiatique.
L'officialisation de la relation amoureuse entre la princesse Maria Carolina et Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a profondément changé la perception de la famille.
Cette alliance avec une figure politique de premier plan permet à la famille de s'ancrer dans le paysage institutionnel et populaire français. Bien que cela attire le regard des journalistes d'investigation, cela leur offre également un puissant bouclier politique : la famille peut ainsi plaider que les attaques sur leur fortune passée ne sont que des "manœuvres politiques" visant indirectement l'ambition de son compagnon.
En résumé, la famille tente de transformer un héritage lourd et controversé en une marque moderne, mêlant la politique, le luxe instagrammable et le patriotisme économique européen.
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